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>Quel rapport entretient la personne âgée avec la musique dans un établissement de retraite ?
>La musique pour le mieux être et pour retarder le vieillissement cérébral
>Animation oui, activisme non, NTIC certainement !
>Alzheimer et la borne
>L’ordinateur et les personnes âgées
>La borne donne des idées aux architectes

Quel rapport entretient la personne âgée avec la musique dans un établissement de retraite ?
Sondés : 100 maisons de retraite et foyers logement, 200 personnes âgées (étude menée en collaboration avec l'Université de Bourgogne) :
Résumé des résultats :
  • La musique est l’activité favorite des personnes âgées (confirmant une étude INSEE)
  • Il n’y a pas véritablement de lieux dédiés à la musique en établissement de retraite (il existe des salles de TV mais pas de musique)
  • Quand il y a une chaîne stéréo (ou poste), le répertoire de musique est réduit (20 CD en moyenne)
  • Les personnes âgées écoutent de la musique de la manière suivante :
    • en 1) les prestations des animateurs (ateliers écoute, chorale…)
    • en 2) les émissions de TV
    • en 3) les spectacles musicaux
  • Certaines personnes âgées ont dans leur chambre des lecteurs K7 (parfois CD) mais la discographie est souvent réduite.
Ces résultats mettent en avant la contradiction suivante : Alors que les personnes âgées ont de moins en moins d’activités possibles, alors que la musique est l'activité qu’elles préfèrent, les personnes âgées passent peu de temps à en écouter au regard de leurs 50 h de temps libre par semaine : de 0 minutes d’écoute à 4 ou 5 par semaine (quand il y a des animateurs et soignants motivés).
De plus les musiques qu'elles écoutent sont rarement un choix de leur part mais plutôt un programme qui leur est soumis (émission, animation, spectacle…).
De ces observations est né le projet de borne musicale Mélo. Ce nouvel outil a 2 objectifs principaux :
L'autonomie : permettre aux personnes âgées de programmer les musiques qui leur font envies quand elles le souhaitent.
Le choix : proposer un vaste répertoire de musique adaptée à leur goût (un potentiel de 5000 titres).
La collaboration avec des animateurs a permis d'adjoindre un troisième objectif : ajouter dans la borne des fonctions d'animation. Quiz, jeux de mémoire, jeux chantés…
La musique pour le mieux être et pour retarder le vieillissement cérébral
Lucyna Pys, médecin gériatre au CHU de Grenoble, confirme les effets bénéfiques de la musique sur la santé des personnes âgées :
« Certains patients ne parlent plus mais peuvent chanter. Une des raisons est que la musique anime nos émotions et notre inconscient. À travers les airs qu'il a connus, aimés ou joués, le patient revit des moments de sa vie. Ce qui lui donne des repères temporels et lui fait oublier un instant la maladie. » Pour ce praticien, la pratique ou l'écoute de la musique permet également de faire travailler le cerveau dans sa totalité. « C'est une véritable gymnastique qui peut contribuer à retarder le vieillissement cérébral »

De même, La musicothérapeute Martine Billette raconte :
« Je revois encore cette dame qui est complètement incapable de tenir une conversation, qui est totalement perdue mais qui a chanté ''Donnez-moi des roses'' au complet et avec le ton juste. C'est émouvant, ça fait chaud au cœur d'une thérapeute d'assister à de semblables moments. Le temps d'une chanson, la patiente avait retrouvé sa mémoire. Elle venait de vivre un beau moment. »
Animation oui, activisme non, NTIC certainement !
La Charte des droits et libertés de la personne âgée de la Fondation Nationale de Gérontologie indique :
« L'activité ne doit pas être une animation stéréotypée mais doit permettre l'expression des aspirations de chaque personne âgée. Une personne âgée mentalement déficitaire doit pouvoir participer à des activités adaptées. Les activités infantilisantes ou dévalorisantes sont à rejeter. »
L'animation en milieu gériatrique est un domaine qui a fait un grand bon en avant ces dernières années : prise de conscience, progrès sur la notion de projet pédagogique, et surtout progrès dans la formation des personnels…
Dans cette marche vers une animation plus qualitative, la borne Mélo s'inscrit dans un progrès de type matériel et plus particulièrement celui de l'adaptation de l'outil informatique aux spécificités de la personne âgée.
La borne Mélo est une des réponses, simple mais pragmatique, de la volonté de développer des applications informatiques pour ce milieu.
D'ailleurs dans ce domaine les plus hautes instances parlent de retard à rattraper. La Commission Européenne par exemple a adopté un plan d'action intitulé « Bien vieillir dans la société de l'information » qui a pour but d'améliorer la vie des personnes âgées grâce aux NTIC (*Nouvelles Technologies de Information et de la Communication) avec entre autre le développement des "applications destinées à favoriser l'autonomie".
Alzheimer et la borne
Qu´est-ce que le concept Mélo peut apporter aux personnes désorientées ?

C´est suite à un événement qui s´est déroulé lors des tests des premiers prototypes que nous nous sommes posés cette question.
Une dame a tout de suite été attirée par la borne : très mélomane elle chantait par coeur une chanson sur deux. Mais atteinte d´Alzheimer elle ne pouvait pas retenir comment programmer une chanson. Au regard de la motivation de cette dame, un personnel soignant s´est appliqué chaque jour à lui ré-expliquer la sélection d´une musique. C´est après plusieurs jours que l´effort fut payant. La dame a programmé la chanson de son choix.
Comment cette patiente a-t-elle pu mémoriser une tâche apprise la veille ? C´est une psychologue qui nous a répondu : les meilleurs ´marqueurs´ de mémoire sont les drames ou les grands moments de plaisir que l´on vit. Si elle a pu mémoriser la manière de programmer une musique sur la borne c´est que cela lui procure un intense plaisir.
Depuis 2 ans que la borne s´installe en maison de retraite, de nombreuses autres anecdotes nourrissent notre réflexion : «Quand j´ai ´perdu´ un de mes malades le premier endroit oú je le cherche est la borne» déclare une soignante. Et ce témoignage de nombreuses fois entendu : «La musique les ´requinque´, les rassure, réduit leur anxiété et leur apporte de la bonne humeur».
C´est au regard de ces retours d´expérience, que nous avons lancer une nouvelle réfléxion sur l´évolution de la borne Mélo avec la volonté d´en faire un outil de stimulation et de confort de vie des personnes désorientées. Les premiers résultats de nos lectures, recherches et rencontres de spécialistes ont déjà aboutis au développement de fonctions spécifiques tels que le bouton une touche, la ´playliste mémoire´, le carillon, les chansons repère temps, la banque de sons du quotidien et des jeux dédiés et adaptables au niveau de chaque patient. Dans la continuité, un travail d´étude et d´observation est engagé avec l´université de Bourgogne.
L’ordinateur et les personnes âgées
Les différents articles sur ce sujet et les discussions que nous avons au sein du milieu gériatrique s’accordent à déclarer qu’il est difficile mais qu’il est possible d’amener une personne du 3ème âge (et pas 4ème âge) à utiliser un ordinateur. Pour ceci il y a au moins deux conditions : il faut que la personne pratique de manière répétitive et qu’elle soit très encadrée (animateur informatique de préférence). La difficulté est simplifiée si l’interface informatique a été adaptée à ce public et chose importante, si le clavier est composé de grosses touches.

Malgré ce contexte difficile, le projet Mélo a l’ambition d’attirer la personne âgée sur un ordinateur (la borne) afin qu’elle programme une fonction de manière autonome. Pour réussir ce pari, nous avons développé un clavier avec des grosses touches et surtout nous avons limité leur nombre. 12 touches dont 10 chiffres, la lettre A et une touche ‘’effacer’’ (les 3 autres touches servent aux personnels soignants ou animateurs). Ainsi toute personne âgée qui arrive à lire des phrases simples et qui peut appuyer sur un chiffre est capable d’utiliser la borne (voir article ‘’La moyenne d’utilisation’’ dans la rubrique ‘’La borne Mélo’’).

Ce n’est pas pour autant que tous les résidents d’un foyer logement ou d’un EPHAD iront sur cet outil informatique car la peur de l’objet reste présente, la peur d’abîmer quelque chose en se trompant de touche. Le rôle du soignant ou de l’animateur est donc prépondérant les premières semaines de l’installation de la borne : inviter à programmer ensemble, montrer qu’appuyer sur n’importe quelle touche n’a aucune conséquence, inviter à programmer seul… La borne Mélo est un ordinateur qui met facilement la personne âgée en situation de réussite, ou plutôt, en situation de programmation réussie.

Hélas certaines personnes (en EPHAD surtout) ne sont plus capables d’appuyer elles mêmes sur une grosse touche. Or, nous voyons à pratiquement chaque installation de borne, la notion d’entraide apparaître. Certains résidents valides (et fiers de leur maîtrise de l’appareil) vont programmer pour les autres.
La borne donne des idées aux architectes
Christine Foutrier Aujourd’hui, avec le vieillissement de la population, beaucoup de maison de retraite sont en construction.
Créer l’espace musical est un pari architectural, ouvert à l’imaginaire, ou tout est possible ! “Penser” l’espace commun de convivialité<





Christine FOUTRIER, Architecte d’intérieur.
L’arrivée de la borne musicale, donne envie de “penser” l’espace commun de convivialité des maisons de retraite, en y intégrant la musique ! En effet, une étude de l’INSEE, est claire : “la musique est l’activité préférée des personnes agées”. Dès lors, peut on concevoir, une architecture de maison de retraite, sans repenser la musique ? Au regard des premières installations de borne, on s’est aperçu, qu’elles doivent être à la fois dans un espace reservé : “salon musical”, mais aussi dans un espace ouvert, sur la vie de la maison. En effet, les personnes agées, comme chacun de nous, sont curieuses d’observer les gens vivre : qui rentre dans l’établissement, quel soignant est de service, voir arriver la coiffeuse, le docteur, pour ne pas les manquer... Le challenge architectural réside dans ces deux aspects : milieu fermé, et ouvert.

On est donc face à face à deux contraintes : le son de la musique, (comme celui de la télévison), ne doit pas envahir le batiment, et en même temps, l’espace musical, lieu d’échanges, doit être ouvert sur les autres, si possible, prés du lieu convivial, où s’effectue le mouvement des habitants, (accueil, restaurant...).

On peut imaginer que les parois et les portes d’accés, soient transparentes, retenant les sons, et laissant passer la vue. Et pourquoi pas une serre musicale, ou un kiosque à musique, au cœur de la maison ?